Rôle de Robert Courteheuse à la première Croisade.     (par Eriamel)
(vous cliquerez sur images et cartes pour les agrandir)

A. Les sources.

les chroniqueurs de la première croisade :
Chroniqueur anonyme rédacteur des Gesta Francorum ... il est originaire d'Italie, son texte est rédigé au lendemain de la première croisade.
Albert d'Aix (mort après 1120) il écrivit vers 1102 et ne participa pas à celle-ci, mais il recueillit les informations auprès des pélerins et croisés revenant de l'expédition.
Robert le Moine, abbé de St Rémy de Reims, il assista au concile de Clermont en 1095. Il accompagna peut-être la première croisade. Son ouvrage a été rédigé avant 1107, sans doute même avant 1106, car il n'a pas les mêmes réserves que les autres chroniqueurs quand il nomme Robert Courteheuse.
Foulcher de Chartres (vers 1058-1127), assiste, lui aussi, au concile de Clermont, et part aux croisades dans l'entourage de Robert Courteheuse et d'Etienne de Blois. Au cours de son périple, il suivra Baudoin à Edesse.
Raoul de Caen (vers 1080- mort vers 1130), fit ses études à Caen sous Arnoul de Chocques. Raoul de Caen se mit au service de Bohémond de Tarente puis du neveu de Bohémond, Tancrède qu'il sert à partir de 1108.

Guibert de Nogent (vers 1055- 1125) moine de l'abbaye de St Germer de Fly jusqu'en 1104, il n'a pas participé aux croisades, il écrivit sans doute son récit entre 1106 et 1108. 
Pierre Tudebode, prêtre poitevin (Civray), on ne sait rien de lui sinon le fait qu'il accompagna la première croisade.
Raymond d'Aguilers, chapelain de Raimond de St Gilles, il accompagne celui-ci à la première croisade, il participe aux sièges d'Antioche et Jérusalem, on ne sait pas ce qu'il advint de lui après la bataille d'Ascalon. Il écrit donc vers 1101-1102.
les chroniqueurs de plusieurs croisades
Guillaume de Tyr (né av 1140, mort après 1188), commence la rédaction des histoires de Croisades, à la demande du roi Amaury 1er de Jérusalem vers 1169 -1170.

Les chroniqueurs anglo-normands qui mentionnent eux aussi les croisades.
Orderic Vital (1075 - vers 1141), est surtout le chroniqueur de son frère victorieux à Tinchebray 

Guillaume de Malmesbury (vers1090 - 1143 ).
 
Pour mieux comprendre qu'elle a été l'attitude de Robert de Normandie lors de croisades, il faut comparer les textes de Raoul de Caen (qui reste en Terre sainte) , et de Robert le Moine (qui rédige son texte avant la bataille de Tinchebray) par exemple à celui de Guibert de Nogent (qui rédige juste après cette bataille) obligé, pour garder un langage diplomatique, d'utiliser des subterfuges quand il présente une action du duc Robert : " En cette occasion le comte de Normandie, se souvenant comme il était convenable de la valeur de son père..."
On remarquera également qu'Orderic Vital, bien que chargé de noircir le personnage de Robert , ne pourra , lui non plus, ne pas laisser quelques brillantes actions du duc, même s'il lui fait partager celles-ci :
" cependant Robert de Normandie, Etienne de Blois, Tancrède et Boémond continuait le combat et, depuis longtemps, en soutenaient tout le poids..."


B. Les principaux protagonistes. 

Les premiers des " grands barons" à prendre le départ dès Août 1096, sont Hugues de Vermandois et Godefroi de Bouillonils partent toutefois séparemment.
Hugues passe par l'Italie, Rome et embarque à Bari, Godefroy et son frère 
Baudoin passent par la Hongrie.
Un autre frère de Godefroi, 
Eustache de Boulogne part lui aussi en Terre sainte, mais on ne sait pas dans quel contingent (avec Godefroi ou avec Robert de Normandie).

Robert Courteheuse part peu après en septembre, il est accompagné de son oncle Odon. de ses beaux frères  Alain Fergent comte de Bretagne et Etiennecomte de Blois et de Chartres (chroniqueur Foulcher de Chartres), et des comtes voisins comme Robert  de Flandre.
Après avoir rencontré le Pape à Lucques, ils atteignent le sud de l'Italie à l'automne 1096. Robert de Flandre embarque aussitot , Odon et Robert préférant passer l'hiver en Italie chez "leurs cousins Normands"  Odon ne verra pas la terre sainte, il meurt à Palerme en Février 1097.
Bohémond de Tarente, au passage des croisés,  décide d'aller en Terre sainte, il traverse la mer Adriatique en octobre 1096 accompagné de ses deux neveux Tancrède et Guillaume. (Anonyme)

Enfin Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et de Provence, accompagné du légat du Pape, Adhémar, évêque du Puy, traverse la Dalmatie en fin d'année 1096, début 1097, (chroniqueur Raymond d'Aguilers

 
Tous ces contingents se rejoignent à Constantinople, où les principaux chefs croisés sont plus ou moins obligés de prêter serment à l'empereur Alexis Comnène. Tancrède et Raymond sont les seuls qui refusèrent de prêter serment. En échange, le basileus promet de ravitailler les croisés et de fournir un contingent de soldats byzantins pour aider les Occidentaux dans leur expédition.


C. De Nicée à Dorylée (vallée Dogorganhi).

Nous n'évoquerons pas ici le siège de Nicée, qui se termina assez "piteusement " pour les croisés, car, une nuit, les habitants firent entrer un envoyé du basileus auquel ils remirent la cité. Au lendemain de ce siège par contre, on voit s'affirmer les caractères des uns et des autres.
Robert Courteheuse et son contingent se rapprochent vite de celui de Boémond de Tarente, et c'est presque naturellement alors que les croisés décident de voyager en deux convois distincts, sans doute pour ne pas vivre sur l'habitant au même endroit. Les Normands (de Normandie et d'Italie) décident d'encadrer le peuple des pélerins et de partir en premier.

Le surlendemain, alors qu'ils sont dans la vallée Dogorganhi  ils sont attaqués par les troupes du 
sultan Kilidj Arslan. Boémond, Robert , Tancrède et son frère Guillaume deviennent les premiers "héros" de la première bataille de la croisade. La bataille fait rage, les cavaliers croisés se sont manifestement trop avancés. Quand ils réalisent le piège et la méthode de combat de leur adversaire, ils sont déjà pratiquement séparés du camp des pélerins.

Les cavaliers qui leur sont opposés arrivent par vagues, décochent leurs flèches et laissent le champ à d'autres qui suivent. De nombreux croisés tombent, le camp des pélerins est aussi attaqué. Boémond, qui avait été désigné chef du convoi, ne sait plus ce qu'il doit faire. C'est alors que Robert Courteheuse lui propose de rejoindre le campement des civils pendant qu'il tentera d'arrêter l'hémorragie, car les jeunes chevaliers commencent à fuir.

En cette occasion le comte de Normandie, se souvenant, comme il était convenable, de la valeur de son père et de l'illustration de ses aïeux, porta partout ses armes avec la plus grande activité, repoussa les ennemis, et donna l'exemple de la résistance à notre armée, qui ne laissait pas d'éprouver quelque sentiment de crainte. " Guibert de Nogent, liv III 

" alors Boémond, homme clairvoyant, et le comte de Normandie, vaillant chevalier, s'apercevant que le courage de quelques-uns commençait à chanceler, ordonnèrent à tous les chevaliers de mettre pied à terre et de planter les pieux des tentes."   
"... mais pendant que l'on combat ainsi et que les premiers rangs des Turcs sont mis à mort, un autre parti qui a passé le ruisseau tombe tout à coup sur les tentes des Chrétiens; il les renverse, tue les mères avec leurs enfants, et tous ceux qu'il trouve sans armes et point préparés au combat.
Les cris des mourants arrivent à l'oreille de Boémond, il comprend d'abord ce qui se passe, remet au comte de Normandie la conduite de la bataille, et court rapidement vers les tentes, suivi d'un petit nombre..."
". Déjà les nôtres fuyaient devant les Turcs, qui tous à la fois s'étaient précipités sur eux, et si le comte de Normandie n'eut aussitôt tourné son cheval, balançant dans sa main son enseigne dorée, et prononçant les mots adoptés pour cri de guerre : Dieu le veut! ce jour eût été grandement funeste aux nôtres ; mais voyant revenir Boémond et le comte de Normandie, ils reprirent le courage et l'audace, et aimèrent mieux mourir que de continuer à fuir ..." 
Robert le Moine, liv III






" Mais lorsque les Normands en sont venus à ce point, poussant devant eux les fuyards, les rangs épais des ennemis se resserrent et reprennent de nouvelles forces, et ceux qui naguère les mettaient en fuite sont mis en fuite à leur tour. Pendant ce temps, le comte de Normandie et Boémond avaient formé deux corps seulement, chacun le sien, et peu à peu chacun  de ces corps s’engageait joyeusement dans la bataille..." 
"...Ainsi tandis que nul n’observe plus aucun ménagement, ceux qui mettent en fuite pour lancer leurs flèches, ceux qui fuient pour presser leurs chevaux de l’éperon, ces derniers se retirent dans leur camp, faible mais unique ressource. Là enfin le fils de Guillaume, au sang royal, se rappelant ce qu'il est, son origine, et qui il combat, découvre sa tête, s'écrie à haute voix : Normandie! et gourmande en ces mots Boémond  son collègue et, bien plus son compagnon de fuite « Holà! Boémond,  pourquoi cette fuite ? La Pouille est loin de nous, Otrante loin de nous, et loin de nous est tout espoir d’atteindre aux confins d’une région latine. C'est ici qu'il faut demeurer; ici nous attend ou la glorieuse mort des vaincus,  ou la glorieuse couronne des vainqueurs ; glorieux, dis-je, sera  l’un ou l’autre sort, mais bien plus heureux celui par lequel on devient plus promptement  bienheureux.  Ainsi donc courage, ô jeune gens ; mourons et élançons nous au milieu des armes » Ainsi rappelés à eux-mêmes, les chevaliers s’agglomèrent autour de leurs chefs, désormais plus disposés à mourir qu’à prendre la fuite." 
Raoul de Caen, histoire de Tancrède, chapitre XIX à XXXII


Le combat dura des heures, Guillaume, en voulant sauver son frère l'intrépide Tancrède qui s'était trop avancé, s'écroule... (Raoul de Caen) Néanmoins un croisé parvint à traverser les lignes et à prévenir le deuxième contingent des croisés. Au moment où les Normands allaient être submergés, les autres croisés arrivèrent en plusieurs vagues. Frais sur un adversaire déjà fatigué et ayant eu des pertes, les croisés ont alors l'avantage, le sort de la bataille fut vite scellé.

D. Jusqu'à Antioche.

Nous n'allons pas, ici, raconter la traversée de l'Asie Mineure par les croisés , ( il y a un excellent site pour cela que nous mettrons prochainement en lien) ... nous contentant de suivre Robert de Normandie...
Le 20 Octobre, il est désigné pour conduire l'avant garde et entame, avec ses chevaliers l'attaque du pont de fer, Les sarrasins résistent et reçoivent même des renforts, Adhémar du Puy arrive en soutien auprès de Robert Courteheuse, les combats font rage, Robert tient l'entrée du pont et le gros des troupes arrivent. (Albert d'Aix)  Robert et Adhémar du Puy ont joué leur rôle, les premiers conrois traversent le pont, seul Boémond poursuit plus tard sur Antioche avec quatre mille hommes (Guibert de Nogent) , alors que le gros des troupes mené par
 Godefroi, Raimond, Robert, campe sur les rives du fleuve. Il semble à la lecture des chroniques que les chefs s'échangent leur poste à tour de rôle, le matin du 20 Octobre, Robert de Normandie est d'avant garde, dans la soirée, l'obstacle passé, ce rôle revient à  Boémond qui s'installe le premier devant Antioche... sans doute après un court repos.
Le siège d'Antioche durera 8 mois, avec de multiples rebondissements et Robert Courteheuse est nommé encore par les chroniqueurs à plusieurs moments. Chaque seigneur quitte tour à tour le siège tant celui-ci est éprouvant. Il semble qu'au bout de trois mois, (Robert est signalé absent en janvier ) Robert soit chargé de sécuriser un couloir entre Antioche et le port de Laodicée qui alimente les croisés en vivres. Cependant l'heure ne semble pas venu encore de pénétrer dans Antioche alors Robert va gouter quelques semaines la douceur de la côte tout en chassant les sarrasins. 

 

"Cependant, excédés de fatigue et d’ennui, le comte de Blois s’était retiré du camp pour se rendre en Cilicie, et le comte de Normandie était allé à Laodicée : le premier se dirigea vers Tarse pour chercher quelque soulagement à sa détresse, le second vers les Anglais, dans l'espoir de les commander. A cette époque, les Anglais occupaient Laodicée, ou, ils avaient été envoyés par l'empereur pour la défendre : une armée ennemie, errant sur les frontières de cette ville, y portait la dévastation et faisait même des tentatives pour y pénétrer de vive force. Craignant qu'elle n'y réussît, les Anglais appelèrent à leur secours le comte de Normandie, par une résolution qui fut à la fois un acte de fidélité et de sagesse. Ce fut en eux un acte de fidélité, d'appeler, pour se soumettre à lui, un fidèle de leur seigneur ; ils s'étaient soustraits au joug normand, ils y rentraient ainsi de nouveau ce fut un acte de sagesse, car ils avaient éprouvé la foi de la nation qu'ils servaient, et reconnu que les présents retournent aisément aux lieux d'où ils sont venus. Le comte de Normandie étant donc rentré dans Laodicée, s'y livra au sommeil et au repos ; cependant son séjour ne fut pas inutile à ses compagnons ; ayant trouvé l'abondance, il en faisait part généreusement à ceux qui étaient dans le besoin, car l’île de Chypre, qui obéissait au même maître que Laodicée, avait fourni à celle-ci du vin, des grains et des bestiaux en grande quantité, et l’approvisionnait dans ses besoins, en tant que voisine, servante du Christ, et nourrie pour ainsi dire du même lait car Laodicée était, sur le rivage de la Syrie, la seule ville qui adorât le Christ et qui obéît en même temps a Alexis. Cependant le comte de Normandie, ne pouvant même faire excuser son oisiveté par ses bons procédés, fut rappelé au camp des Chrétiens une première et une seconde fois, mais en vain. Menacé une troisième fois de l'anathème, il se rendit enfin, bien contre son gré, car l'escorte que la ville de Laodicée fournit au comte pour son départ devait avoir beaucoup de peine à traverser le pays."
Raoul de Caen LVIII

Que nous enseigne ce texte, que d'autres aussi éprouvent le besoin de souffler ou d'avoir de l'action. A la différence d'Etienne de Blois qui, quelques mois plus tard s'enfuira, Robert sécurise Laodicée qui, c'est sous entendu, reçoit de nouveau, vivres en légumes, grains et animaux, certes il reste un certain temps, mais aucune solution n'apparait aux croisés pour prendre la ville. La fin du texte de Raoul de camp, montre d'ailleurs que sa mission n'est pas terminée, car le couloir n'est pas totalement sécurisé " car l'escorte que fournit Laodicée au duc semble avoir eu " beaucoup de peine à traverser le pays " (à son retour). En d'autre temps ; Godefroi de Bouillon se fera lui aussi reprocher de tarder...
Car Antioche n'est pas facile à prendre... De la cité entourée de remparts qui montent à l'assaut de la montagne, les assiègés peuvent sortir facilement, et se ravitailler, 
de plus dans l'arrière pays, il n'est pas rare que
les croisés subissent des escarmouches.
Voilà donc pourquoi, fin décembre - début janvier
Robert sécurise le couloir entre Antioche et la mer, 
pendant que d'autres, Boémond et Robert de Flandre,
mènent des opérations dans l'arrière pays.

Revenons à Etienne de Blois, à l'annonce de l'arrivée 
prochaine de l'armée de Kerbogha, celui-ci débauche 
un important contingent de Francs et fuit, prenant le
chemin d' Alexandrette.

Depuis que le siège durait, des contacts furent établis
plus ou moins facilement dans la ville par les croisés,
car de nombreux chrétiens locaux qui avaient des familles
à  l'intérieur d'Antioche se trouvaient dans le camp franc.
Aussi, parmi ces mêmes chrétiens, certains espionnaient
pour le compte de Yaghi Siyan, d'autres à l'inverse
renseignaient les croisés. 


La plupart des chroniqueurs relate la prise, dans la nuit du 3 au 4 juin 1097, de la cité basse avec la complicité d'un certain Firouz, après que Bohémond se soit assuré que les chefs croisés lui laisseraient la suzeraineté d'Antioche, puis l'arrivée de l'armée de Kerbogha le surlendemain. Les assiègeant devinrent ainsi assiègés. Le 25 juin, les croisés envoyèrent Pierre L'Ermite et un nommé Herluin qui assurerait la traduction dans le camp de Kerbogha pour négocier un combat à quantité égale d'hommes qui déciderait du sort d'Antioche. Ce que refusa Kerbogha.

Trois jours plus tard, l'armée croisée s'équipa et sortit tôt le matin, elle était divisée en six "Corps de batailles"disposés en trois colonnes frontales pour 2 en profondeur. C'est là que l'on retrouve Robert Courteheuse qui commande l'une des colonnes frontales.


Albert d'Aix donne un nombre de corps de bataille plus élevé, il attribue la première colonne à Hugues le grand et les deux suivantes aux deux Robert, puis donne la liste des chefs qui conduisent les corps suivants dont ceux d'Adhémar du Puy, de Godefroi, de Tancrède, Boémond commandant le dernier corps. Raimond qui était affaiblit gardant la basse ville des attaques éventuelles pouvant venir de la citadelle haute que les croisés n'avaient pu prendre.
Raoul de Caen indique qu'Hugues le Grand sorti le premier, que les bannière de Robert le Normand marchent à sa suite, que le troisième qui sortit à leur suite fut Godefroi suivit de Tancrède, Bohémond commandant la cinquiième bataille et Raimond la sixième, il atribue à Robert de Flandre la défense de la cité.
Robert le moine, et Guibert de Nogent confirment  bien les 6 corps de batailles, il attribue la première à Hugues le Grand et Robert de Flandre, la seconde à Godefroi, la troisième à Robert de Normandie, la quatrième à Adhémar du Puy composée d'une partie de chevaliers de Raimond de St Gilles qui garde la cité, la cinquième de Tancrède, la Sixième de Boémond. 

Raimond d'Aguilers explique qu'on désigna "lequel des princes défendrait la ville tandis que les autres sortirait pour aller combattre...Ils réglèrent que l'on formerait deux doubles rangs ...on règla en outre que Hugues le Grand, le comte de Flandre et le comte de Normandie marcheraient les premiers au combat, après eux le duc (Godefroi), après le duc l'évêque (Adhémar) et qu'enfin Boémond s'avancerait à leur suite".  
Tubebode annonce : "On forma six colonnes dans la ville. La première était compsée des francs proprements dits commandés par Hugues le Grand et le comte de Flandre, dans la seconde était Godefroi avec son armée, dans la troisième Robert de Normandie et ses hommes, dans la quatrième Adhémar,
évêque du Puy et ses compatriotes...Raimond, comte de St Gilles qui  demeura, en haut, à surveiller les montagnes de crainte que les turcs vinssent fiondre sur la ville. Dans la cinquième étaient Tancrède, fils du marquis, et ses troupes, ainsi que Gaston de Béarn à la tête de ses sujets et des forces du comte de Poitou, dans la sixième, Boémond avec son armée". 
Foulcher de Chartres : "Hugues-ie-Grand, Robert le Normand et le comte de Flandre sont placés en tête de la première ligne et chargés de l'attaque à la seconde suit le duc Godefroi avec les Allemands et les Lorrains après eux marchent lévêque du Puy, ainsi que les Gascons et les Provençaux, tous gens du comte Raimons, qui de sa personne est resté dans Antioche pour la garder, la dernière est conduite par l'habile Boémond."

Kerbogha, sûr de lui et de sa supériorité numérique, et croyant les croisés affaiblis par le manque de nourriture ne prit pas ses dispositions dès la sortie des croisés, il n'eut pas le temps de s'apercevoir de sa bévue. De plus, il fut trahi par une partie de ses alliés qui n'acceptaient que difficilement son arrogance... Antioche resta ainsi aux croisés qui pouvaient poursuivre leur route vers Jérusalem.

Les Occidentaux reprennent des forces et pansent leur plaies, d'autres rongent leur frein. Le premier août, Adhémar du Puy meurt de la peste, dans le même mois,
 Hugues le Grand quitte la croisade et rentre en Europe (Foulcher de Chartres, Guibert de Nogent). Les hommes sont exténués, fatigués, les conflits d'intérêts naissent en particulier entre Raimond de Saint Gilles et Boémond au sujet de la supprématie d'un quartier  (tour et pont fortifié) que Raimond s'est approprié alors que Boémond veut la ville entière...
Il semble que Robert de Normandie et Godefroi  soient les arbitres de cette querelle, à plusieurs reprises,
et dès dès le mois d'août puisque Hugues le grand assista au moins à une de ces réunions, ils se réunissent dans l'église Saint-Pierre d'Antioche, en présence d'évêques, à la recherche d'un arrangement (Tudebode). Mais ils restent prudents, recherchant plutôt un compromis et début novembre rien n'est vraiment réglé : 
" Le duc (Godefroi) et le comte de Flandre mettaient fort peu d'intérêt à l'affaire d'Antioche mais, quoiqu'ils voulussent bien que Boémond en prît possession, ils n'osaient cependant approuver ses prétentions, craignant de s'exposer à la honte d'un parjure."  Raimond d'Aguilers"
Au cours du mois de novembre, Raimond quitte Antioche, fin décembre il  atteint Marra, bientôt rejoint par d'autres croisés dont Robert de Flandre puis Boémond...Mais le conflit est toujours latent entre Boémond et Raimond. Début janvier, à Rugia, les deux hommes ne peuvent s'entendre, malgré la présence de Robert de Normandie, de Robert de Flandre et de Godefroi qui faisait office d'ambassadeur entre les deux hommes. Boémond repart à Antioche, Raimond tente une ultime négociation comme l'indique Tudebode :" Bohémond, ne pouvant s'entendre avec Raimond de Saint-Gilles, revint à Antioche. Raimond, à son tour, fit inviter, peu de jours après, par députation, le duc Godefroy, le comte de Flandre, Robert le Normand et Bohémond, à se réunir à lui dans le but d'avoir ensemble et en personnes un entretien dans la cité de Ruiath. Tous ces Princes s'y rendirent et tinrent conseil, afin d'étudier le moyen de continuer la Voie du Saint-Sépulcre pour laquelle ils s'étaient mis en marche et et s'étaient avancés jusque là. Mais il fut impossible d'amener Bohémond à composition ; il ne consentait à s'accorder avec le comte Raimond que sous la condition d'avoir Antioche...Le duc Godefroi et les autres comtes retournèrent donc à Antioche."
Raimond, bien seul repart à Marra vers le 5 janvier, alors que le 7 janvier, Boémond chasse les provençaux de la garde d'Antioche. Robert Courteheuse a t'il croisé Tancrède à Antioche, toujours est-il que celui-ci rejoint Raimond à Marra, il semble d'ailleurs presque évident qu'il apprit par lui, l'action de Boémond à Antioche. Le 13 janvier, " l'athlète du Christ, Raimond, ayant appris cela, n'hésita point ; il commença la Voie du Saint-Scpulcre avec l'humilité d'un esclave, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, et sortit pieds nus de Marra. Le treize Janvier, il atteignit la Forteresse de Capharda située à huit milles de distance ; il y resta trois jours. Robert de Normandie vint l'y rejoindre." Tudebode
" Boémond retourna a Antioche, en chassa les gens que le comte Raimond avait préposés à la garde de la portion de cette cité dont il s'était rendumaître, et se mit en possession de la ville et de tout son territoire, disant qu'elle n'avait été prise que grâces à ses négociations et machinations. Au surplus, le comte Raimond, s'étant joint avec Tancrède, suivit le chemin qu'on avait pris ; et Robert le Normand se réunit en outre à cette même armée le lendemain du jour où elle quitta la ville de Marrah après l'avoir saccagée."  Foulcher de Chartres chapitre XVI.
Le retour de Robert de Normandie auprès de Raymond est important, on peut supposer que de retour à Antioche, la délégation des barons, ne put convraincre Boémond. Robert, semble avoir plus d'entrain que Godefroi et Robert de Flandre à rechercher des solutions (voir ci dessus Raimond d'Aguilers), par son nouveau départ, celui-ci allait entraîner derrière lui, l'arrivée des autres chefs croisés. On pourrait enfin reprendre la route de Jérusalem.


E. Le siège de Jérusalem.

Quel a été le véritable rôle de Robert de Normandie à Jérusalem, à l'inverse du Godefroi, qui devient prince de Jérusalem et, par ce fait, est magnifié par les chroniqueurs au moment même du siège. On  s'aperçoit en compilant les chroniques et en considérant qu'elles ne s'opposent pas mais qu'elles sont complémentaires que Robert Courteheuse, joua un rôle important dans le siège de Jérusalem. Cette position est d'ailleurs confortée, quand on regarde la position du campement des uns et des autres sur une carte de Jérusalem.





le 7 juin 1099, l'armée des croisés arrive devant
Jérusalem. Tancrède et un autre chevalier Gaston
de Bézier s'étaient rendus proche de la ville la veille.
(Albert d'Aix, Raoul de Caen). Les croisés s'installèrent
suivant un ordre précis indiqués par la carte ci contre
faite d'après les chroniques des deux chroniqueurs
cités ci dessus mais aussi de Tudebode, Guilaume de

Tyr, Robert le Moine. Les positions semblent toutes concorder, excepté celle de Raimond de Toulouse localisée pour la majorité d'entre-eux à la montagne de Sion. Albert d'Aix nous informe de la position initiale de Raimond, au coté de Godefroi avec Tancrède pour face à la tour de David, cependant on apprend par ce même chroniqueur, que, celui-ci " se retira de devant la tour de David, laissant quelques uns de ses hommes pour veiller sur les portes, et transféra son camp et ses tentes  sur la montagne de Sion pour entreprendre le siège de ce coté."
On sait également que Robert occupe la position la plus au nord, non loin de l'oratoire Sty Etienne avec les Bretons.
Le 13 juin, les croisés tentent un assaut général, mais avec des échelles trop courtes et trop peu nombreuses, ils sont repoussés. Le 14, la journée est calme.

Le 15 juin , les croisés décident de construirent des machines de  guerres. Robert de Normandie,               Robert de Flandres et  Gérard de Chérisi, vont chercher des bois pour leurs constructions.

                                                                                    La responsabilité de Robert de Normandie et de                                                                                           Robert de Flandre nous est indiquée par  Albert                                                                                             d'Aix, Robert Courteheuse supervise également le                                                                                         chantier de construction  des machines et                                                                                                       confie celui-ci à Gaston de Béarn nous dit                                                                                                       Guillaume de Tyr, faits corroborés par Raimond                                                                                               d'Aguilers qui nous confirme que le chantier dans                                                                                           le campement de Godefroi et des deux Robert est                                                                                           commandé par ce même Gaston pendant que                                                                                                 celui de la montagne de Sion est sous la                                                                                                         responsabilité de Guillaume Richard.  

                                                                                     Le 18 juin, des provençaux partent pour le port                                                                                         de Joppé car ils ont appris que des marins génois y                                                                                       débarquent vivres et matériel pour les assiégeants.
                                                                                    Deux jours plus tard, ils reviennent avec les marins
                                                                                    car une flotte sarrasine s'empare de leusr navires.
                                                                                    Auparavant, les marins ont pu retirer                                                                                                              l'accastillage desbateaux (cordages, voiles). Leur                                                                                            présence et leur matériel va aider la construction
                                                                                   des machines de 
siège, car ils maitrisent l'art de la
                                                                                   charpente.

                                                                                    La construction des machines de guerre va durer
                                                                                    jusqu'au 11 juillet.



Le 8 juillet, une procession autour de la ville est organisée, elle a plusieurs buts, dont celui de galvaniser la volonté des chrétiens, mais aussi de vérifier l'état des défenses de la cité. Du Mont des Oliviers, les croisés ont un observatoire privilégié. On en connait l'existence par plusieurs chroniques et son itinéraire nous est indiqué par deux chroniques complémentaires. 
les évêques et le clergé ordonnèrent un jeûne dé trois jours, et le sixième jour de la semaine tous les Chrétiens marchèrent en procession autour de la ville; ils se rendirent -de là sur la montagne des Oliviers... Sur ce même emplacement, Pierre l'Ermite et Arnoul de Roie (château de Flandre), clerc doué de beaucoup dé science et d'éloquence, ayant parlé au peuple apaisèrent les nombreuses querelles qui s'étaient élevées entre les pèlerins en diverses occasions... beaucoup d'autres chrétiens se réunirent également 'en bonne intelligence, et toute la procession des pèlerins descendit alors de la montagne des Oliviers et se rendit sur la montagne de Sion, dansTËglise de la sainte Mère de Dieu."  Albert d'Aix.
" En conséquence, les Évoques et les Prêtres, pieds nus, revêtus des ornements sacrés ci portant des Croix dans leurs mains,se rendirent de l'Église Sainte-Marie, située sur la montagne de Sion, à l'Église de Saint Etienne, Parvenus à" l'Église de Saint Etienne, les Chrétiens y firent une station,comme c'est l'usage dans nos Processions. En présence de ce spectacle, les Chrétiens, émus d'une profonde douleur, gravirent les coteaux avec leur Procession, sans cesser de prier, jusqu'à l'église du Mont des Oliviers,d'où le Christ monta au ciel."
Tudebode.

On commence au fur et à mesure de leur construction a dresser mangonneaux, balistes et autres engins de guerre, car les croisés ont une stratégie. A t'elle été influencée par Robert Courteheuse ?
Reprenons les faits, c'est lui qui avec Robert de Flandre, organise l'arrivée des bois et supervise le chantier situé au Nord Ouest. C'est lui aussi qui est installé le plus au nord et le plus à l'est de tout le campement des chevaliers occidentaux. Il a donc eu le temps de bien observer les murailles face à lui. Ce sera encore lui, qui, accompagné de Robert de Flandre et nous dit on de Godefroi (Mais Godefroi est élu, chef suprême, dans les jours qui suivent, et son action est, par conséquent revalorisée par la suite.) fera la reconnaissance des remparts de la ville. (voir ci-après).
 
Le 11 juillet, Robert de Normandie, Robert de Flandre et Godefroi de Bouillon reconnaissent les murs de la cité.
Guillaume de Tyr, chroniqueur tardif écrit : 
 
Le jour fixé pour la première attaque approchait. La veille au soir, le duc de Lorraine et les deux comtes de Normandie et de Flandre, reconnurent que vers le côté de la ville qu'ils étaient chargés d'assiéger, les ennemis s'étaient extrêmement fortifiés en machines, en armes et en vaillants guerriers sans doute parce qu'ils pensaient avoir plus de sujet de craindre de ce côté. jugeant avec une admirable prévoyance que ces immenses préparatifs de défense pourraient bien opposer des obstacles insurmontables à leur attaque du lendemain ils entreprirent aussitôt un travail véritablement étonnant : les machines et la tour mobile qu'ils avaient fait construire n'étaient pas encore complètement assemblées, qu'ils les firent transporter pièce par pièce sur le terrain qui s'étend
entre la porte de Saint-Etienne et la tour angulaire
située au nord, et qui domine la vallée de Josaphat, et allèrent en même temps établir leur camp sur ce point. Ils jugèrent avec raison que comme la ville n'avait pas été menacée de ce côté, les assiégés auraient mis beaucoup moins de soin à en assurer la défense. Ils firent donc travailler sans relâche durant toute la nuit, et, avant le lever du soleil, les machines étaient transportées et assemblées sur place à force de bras, et établies dans les meilleures positions.
Raoul de Caen explique lui aussi cette ruse de guerre :
" Il y avait entre le camp des Chrétiens et la vallée de Josaphat un verge  qui présentait un emplacement plus convenable que tout autre pour livrer assaut aux ennemis, tellement que sur nu! autre point les assiégés ne pouvaient être plus dangereusement menacés. En effel, de ce côté, à l'extrémité du verger, la muraille était un peu plus basse que sur d'autres points, il n'y avait pas de tours, et, comme je l'ai dit, la plaine extérieure était plus étendue. Les nôtres cependant n'avaient point occupé cette plaine, ce qui était pour les gens du pays un grand sujet d'étonnement, mais les chefs, dans leur prévoyance, l'avaient réservée pour le dernier effort de la guerre, et attendaient que l'on eut construit une tour en bois, du sommet de laquelle les Francs pourraient ensuite s'élancer sur les remparts. Les sapins, les cyprès et les pins transportés au camp, dissimulèrent donc le véritable point d'attaque, et continuèrent à ne présenter que de fausses menaces, c'est-à-dire que les pièces de bois encore informes furent façonnées du côté du couchant, pour aller plus tard seconder les efforts des combattants du côté du levant."
 
Raoul de Caen raconte qu'au moment du siège, Tancrède et Robert sont proches et est le seul à évoquer ce changement de stratégie comme ruse de guerre. On a vu en le présentant plus haut, que ce chroniqueur s'était mis moins de 10 ans après les faits au service de Tancrède. Il est donc bien informé, même si son rôle est de valoriser Tancrède. 
 
 
Détermination de la position des croisés au moment de l'assaut final : 
Comment ces cartes dont celle de l'assaut final ont été élaborées.

 
Parmi les grands absents : Boémond qui est à Antioche, Baudoin à Edesse, Hugues le grand qui est parti après la prise d'Antioche, Etienne de Blois qui a fui, Adhémar du Puy qui est mort.
 
Par
Robert le Moine, on sait que Godefroi est entouré de son frère Eustache et sans doute de tout le contingent des Lorrains et Teutons (sauf qu'il cite Baudoin), il évoque un nommé Lutold, suivi de Guicher qui sont les premiers à mettre pied sur le rempart.
Il donne comme tous les autres chroniqueurs (Tudebode, Guillaume de Tyr, Guibert de Nogent, Albert d'Aix) la position de Raimond de St Gilles qui attaque face à la montagne de Sion. Il nous indique cependant que Raimond se dirige vers la tour de David au moment ou les Francs au Nord sont déjà dans la cité.


Tudebode ne précise pas de position, et indique la proximité entre Godefroi, Eustache et un denommé Letot ; il nous indique qu'au même moment, la tour d'assaut de Raimond de St Gilles est inutilisable, son étage supérieur est défoncé. Il est un peu rapide sur la prise de remparts avec des échelles par Raimond (alors qu'avec la tour d'assaut c'était impossible) et annonce que l'émir dans la tour de David lui ouvre sa porte.
On sait également par lui que Tancrède et Gaston de Béarn sont au dessus du temple de Salomon et ont envoyé leurs bannières aux païens rassemblés à cet endroit.


Guillaume de Tyr nomme parfaitement l'endroit, entre la tour d'angle et la porte de Saint Etienne, le problème, c'est que sur des plans différents de Jérusalem, la porte St Etienne est au nord du coté de la vallée de Josaphat, ou à l'est du rempart nord, bref d'un coté ou de l'autre de la tour d'angle. Cependant, même avec cette incertitude, on localise parfaitement l'endroit de l'attaque massive des croisés: de par et d'autres de la fameuse tour d'angle. Guillaume de Tyr écrit longuement sur cet assaut, montrant bien les heures qui passent, une première journée, une nuit, une nouvelle journée, il décrit que parfois les croisés se décourageaient et doutaient du succès de leur entreprise. Ils citent Godefroi et Eustache combattant du coté nord...Il localise une troisième tour d'assaut montée un peu en dessous de la tour d'angle.

Raoul de Caen, lui localise un petit verger situé à l'est vers la vallée de Josaphat et au Nord (donc pas loin de la fameuse tour d'angle), il nous informe qu'au moins, à un moment de l'assaut, Tancrède et Robert de Normandie sont proches l'un de l'autre " et continue à battre à coup de pierres,lancées comme la grêle par des frondes (mangonneaux) le premier celle qui était un peu plus éloignée, le second celle qui était le plus rapprochée... Celle surtout qu'attaquait le comte de Normandie d'autant plus redoutable..." Il cite ensuite Bernard de Saint Valery et deux frères :  Lethold et Engelbert comme les premiers à mettre pied sur les murailles. Letold et Engelbert sont les personnages nommés par un nom voisin par les autres chroniqueurs, Bernard de Saint Valery, lui est apparenté à la maison ducale de Normandie (il descend de Richard 1er de Normandie), il confirme deux points, l'un au sujet de Bernard de St Valery qui est étonné de déjà rencontrer les deux frères sur les remparts qu'il parcourt, l'autre expliquant comment les deux frères ont atteint la muraille : " Une échelle les fit atteindre la muraille, comme la Flandre les avait envoyé vers cette échelle" .
Ceci nous amène toujours en suposant que les chroniques se complètent à envisager la présence de Robert de Flandre non loin du contingent de Robert de Normandie. Raoul de Caen confirme plus loin : "Les chefs les animent et les encouragent. D'une part deux comtes, les deux Robert, Robert comte de Normandie et Robert comte des hommes originaires de la Flandre, d'autre part Godefroi...plus loin le comte de Saint-Gilles ...avait investi la tour de David."


Guibert de Nogent confirme la position voisine des deux Robert, la aussi confirmé par Raimond d'Aguilers :Le duc, le comte de Flandre et le comte de Normandie voyant les nombreux et grands travaux de fortifications que les sarrasins avaient faits pour les opposer à nos entreprises, transportèrent pendant toute la nuit leurs machines leurs claies et leurs autres inst rumens de guerre vers cette partie de la ville qui s'étend depuis l'église du bienheureux Étienne jusque la vallée de Josaphat "

Il reste à savoir où est le contingent des deux comtes par rapport à celui de Godefroi. Albert d'Aix explique que :
 " 
Le duc Godefroi et son frère Eustache, et deux autres frères, Ludolfe et Engelbert, originaires de la ville de Tournai, furent chargés de veiller sur cette machine et de diriger l'attaque contre la ville. Le duc et les siens occupèrent l'étage supérieur; Ludolfé et son frère, et les autres Chrétiens qui les suivaient, se placèrent dans l'étage du milieu, et l'étage inférieur fut réservé pour ceux qui devaient pousser la machine contre la muraille. Lorsque tous les chevaliers eurent occupé le sommet de la machine et les autres étages, les barbacanes se trouvant renversées et le fossé comblé..."
 
Pendant ce temps, les deux frères don j'ai déjà parlé, Ludolfe et Engelbert, voyant que les ennemis s'engourdissaient dans l'oisiveté n'osaient continuer à résister et s'écartaient de l'un et l'autre côté des murailles pour échapper aux projectiles qu'on lançait sur eux de toutes parts, se trouvant eux-mêmes plus près du mur sortirent aussitôt de l'étage du milieu qu'ils occupaient, et jetant des arbres en avant sur le rempart, ils entrèrent les premiers dans la ville, munis de leurs armes, et mirent en fuite ceux des ennemis qui gardaient encore les murailles. Le duc et son frère Eustache voyant les deux frères entrer dans la place, descendirent rapidement de leur étage supérieur, et passant eux mêmes sur les remparts, volèrent au secours de leurs
frères d'armes...

Le fait que la Flandre leur ait passé des échelles (Raoul de Caen) n'est pas contradictoire avec le texte ci-dessus. Peut-être la tour d'assaut de Godefroi s'en est-elle retrouvée, à un moment donné, dépourvue. La machine de Godefroi, combattant déjà depuis plus de 24 heures et pouvait avoir perdu des éléments.

Deux éléments à retenir : les deux frères Ludolfe et Engelbert sont bien originaires de Flandre, cela explique que le contingent de Robert de Flandre doit être positionné entre celui de Robert de Normandie et celui des deux frères Godefroi et Eustache.

Reste à vérifier lequel de Robert de Normandie et de Godefroy est d'un coté ou de l'autre de la tour d'angle nord-est. On évoque pour le secteur de Godefroy la présence de Barbacanes plus ou moins détruites, et si ces barbacanes étaient seulement des restes de fortifications de lignes de remparts précédentes.

On sait qu'il y a eu plusieurs lignes de remparts précédemment autour de la cité de Jérusalem. Il est donc possible que certains remparts anciens ne soient pas éloignés de ceux qui servirent à la défense au moment du siège. Certains ont pu même étre utlisés comme défenses supplémentaires.
Dès lors, il y a plus de chance que ces fortifications soient sur la face nord comme le montre le tracé joint. De plus, c'est le chroniqueur de Tancrède qui nous relate la découverte du petit verger en surplomb de la vallée de Josaphat. La position de Robert de Normandie à cet endroit, par les observations qu'il a pu faire auparavant également semble donc la plus plausible. 

 
F. Conclusion

Robert Courteheuse a bien été l'un des chefs les plus importants de la première croisade.

ll participa après la prise de Jérusalem à la bataille d'Ascalon, le fait qu'il prit lui même, ou un soldat de son contingent, la bannière du prince égyptien qui commandait l'armée adverse est anecdotique. Il était fréquent à l'époque qu'un seigneur achète la bannière d'un soldat pour le récompenser, le fait qu'il l'offre ensuite à la chapelle du Saint Sépulcre montre bien qu'il eut une noble attitude.

Il semble à la lecture des chroniques de la croisade et dans les autres faits qu'il rencontra tout au long de sa vie qu'il n'aimait pas verser le sang fraternel, que cela soit d'une fratrie familiale ( ses relations avec son père qu'il n'a pu voir sur son lit de mort explique peut être cela), ou d'une fratrie d'arme. Ce qui a pu passer, à cette époque, pour un aveu de faiblesse.
Il a été également avec Godefroi l'un des chefs à n'avoir aucun problème de personnes, au contraire, il semblerait qu'il ait été régulièrment conciliateur entre certains chefs croisés.



Avant de quitter Jérusalem,
Robert Courteheuse prit soin de faire nommer son propre chapelain,
Arnoul de Chocques,  " Patriarche de Jérusalem "...
A Godefroi le pouvoir temporel, à Arnoul le pouvoir spirituel... 


 
Eriamel ,  1er Octobre 2013.


 
Vous retrouverez ces éléments prochainement
dans notre Bande Dessinée
 "les Fils de Guillaume - le retour du Croisé "

La position du campement de Robert Courteheuse, sa supervision de l'arrivage du bois, du chantier, sa reconnaissance des remparts la veille ou l'avant veille de l'attaque finale, sa complicité avec aussi bien Tancrède que Robert de Flandre donne à penser que s'il n'a pas imaginé tout le plan stratégique, il y a grandement contribué.

Le 12 juillet, les Provençaux sont les premiers à se dévoiler et à approcher leur tour d'assaut, cette tour est probablement impressionnante, face à elle, les défenseurs dressent 9 mangonnaux (Albert d'Aix)

Dans la nuit du 12 au 13 Juillet , les croisés déplacent dans la nuit leurs machines, au matin du 13 Juillet, les défenseurs de la cité découvrent que les chrétiens les ont bluffés, ils résisteront jusqu'au 15 juillet au matin.
Album "Les Fils de Guillaume - l'Héritage" 
dessins ci dessus: Jean-Marie Woehrel
dessin ci dessous Serge Mogère

Pierre l'Hermite et Herluin en ambassade au campement de Kerbogha, installé devant Antioche.
Dessins Jean-Marie Woehrel, scénario Eriamel
Album " Les Fils de Guillaume - Le retour du croisé " en préparation actuellement. 

Ci dessous :
                         Les croisés s'installent devant Antioche en Octobre 1087

































             Huit mois plus tard, Firuz permet aux croisés de prendre Antioche avant l'arrivée de Kerboga 
Envoyer à un ami
Facebook Twitter

NEWSLETTER d’ASSOR BD